Dita Cossio (née en 1979), Topography Dark, 2025

4 200,00 CHF

Dita Cossio (née en 1979)

Topography Dark 2025

Sculpture en porcelaine, intérieur émaillé

Coulée dans un moule en cuir réalisé à la main.

Signée

Dim. 57 x 30 cm

Exposition:

Aubert Jansem Genève, « Dita Cossio, INHERITED », 16-27.09.26, Genève, n. 5

Photographie: Topography Light and Dark

Image: ©sebastianmejiaphoto

Dita Cossio (née en 1979)

Topography Dark 2025

Sculpture en porcelaine, intérieur émaillé

Coulée dans un moule en cuir réalisé à la main.

Signée

Dim. 57 x 30 cm

Exposition:

Aubert Jansem Genève, « Dita Cossio, INHERITED », 16-27.09.26, Genève, n. 5

Photographie: Topography Light and Dark

Image: ©sebastianmejiaphoto

INHERITED

Un mouvement de chute qui se fige, un corset qui se libère, des courbes qui se déploient en gradins, des cactus hiératiques, des architectures dressées, des lignes qui explorent la géométrie : on pourrait croire, en les regardant, que ces sculptures ont toujours été là, comme des fragments de mémoire. Elles semblent évoluer naturellement dans l’espace, comme si la porcelaine avait trouvé seule la forme la plus juste pour contenir la tension, la chute, le déploiement.

La pratique de Dita Cossio naît de l’association de deux gestes très concrets : coudre et façonner la terre. Avant le moindre volume, il y a le textile : des moules atypiques réalisés en cuir cousu et rembourré, qui se comportent comme une peau souple prête à recevoir la porcelaine encore liquide. Sous l’effet du poids et du temps, les moules compriment et remodèlent la porcelaine qui se solidifie petit à petit; le feu vient ensuite fixer cette tension en sculpture, transformant le geste en forme ; la surface lisse du cuir facilite le démoulage «presque comme lorsque l’on pèle un fruit avec précaution»révélant ainsi la métamorphose.

La pratique cisèle la surface : chaque geste de couture, chaque pli, chaque compression devient un relief, un dessin, une cartographie de forces. Dans ce passage du textile à la céramique, de la peau souple à la coque minérale, l’oeuvre synthétise une véritable métamorphose.

Ce processus est physique, presque chorégraphique : coudre, lier, verser, maintenir, libérer. Les gestes ne disparaissent pas dans l’objet fini, ils y restent inscrits.

Les pièces de Dita Cossio ne représentent pas des corps, elles se comportent comme des corps – comprimés, marqués, protégés, parfois proches de la rupture. Ce sont des topographies d’absence, des fossiles textiles qui racontent la tension d’un matériau souple sur un matériau dur, l’instant où une peau a contenu, serré, puis laissé partir.

Leur surface porte la marque d’un héritage : chaque pièce garde en elle la mémoire des gestes qui l’ont façonnée. La porcelaine reçoit quelque chose des matériaux qui l’ont précédée, comme une réminiscence qui s’imprime et ne s’efface plus. Le cuir, autrefois vivant, laisse ses plis, sa texture, les traces de ses pores, les marques des coutures sur l’argile devenue dure – une peau qui s’étire et se retire, une autre qui apparaît. La porcelaine ne cherche pas à imiter le cuir, elle le rappelle, elle le contient, elle s’en souvient. La surface n’est pas un décor ajouté après coup, elle surgit du contact, des plis, des coutures, des compressions qui ont eu lieu avant la cuisson.

Les sculptures de Dita Cossio semblent à la fois fragiles et indestructibles, intimes et architecturales, proches de l’organique sans jamais le figurer directement : ce sont des formes hybrides, où la matière garde la trace de ce qu’elle a été tout en devenant autre. Installées dans un salon, un bureau, une bibliothèque ou un lieu de passage, ces sculptures ne se contentent pas d’« habiller » l’espace, elles lui donnent un centre de gravité. Leur chromatisme naturel capte la lumière, change au fil de la journée : le matin, les volumes sont presque doux ; le soir, ils se font plus dramatiques, plus sculpturaux. Le contraste entre les surfaces émaillées et celles laissées brutes révèle chaque pli et chaque couture.

On ne regarde pas ces pièces d’un seul coup d’œil : on tourne autour, on s’approche, on s’éloigne, comme on le ferait autour d’une personne que l’on apprend à connaître.

Basée à Santiago du Chili, Dita Cossio s’est imposée comme une voix singulière de la céramique contemporaine, notamment au sein de la scène latino-américaine et auprès de la galerie Aninat, qui accompagne la diffusion de son travail. Son travail a été remarqué dans plusieurs événements internationaux dédiés aux arts de la matière, où la céramique et la porcelaine sont au cœur des recherches sur le corps, la mémoire et la métamorphose, dont la Biennale Révélations au Grand Palais, le salon Maison et Objets à Paris ou Homo Faber à venise

Sa pratique ne se contente pas de croiser couture et céramique : elle en fait disparaître les frontières, et s’inscrit ainsi dans une recherche de formes hybrides où couture et céramique cessent d’être des disciplines séparées. Le moule textile, le geste de couture et la porcelaine n’appartiennent plus à des nomenclatures distinctes mais à un même champ transversal, où les techniques se dissolvent pour produire un langage commun du corps et de la matière.

Ainsi, l’exposition INHERITED invite à rencontrer ces formes comme on rencontre des corps : non pas pour les « comprendre » d’emblée, mais pour accepter leur part de secret, de tension et de souvenir. Ici, la porcelaine ne se contente pas d’être matière : elle devient mémoire, réceptacle, héritage.